Analyse de l'audience en ligne des partis politiques français
Analyse comparative de dix sites de partis et de six sites de campagne sur la période de juin à août 2026, à huit mois du premier tour de l'élection présidentielle.
Analyse comparative de neuf sites de partis et de six sites de campagne sur la période de juin à août 2026
Source des données : Similarweb, audience France, juin à août 2026, analyse de données effectuée avec Claude AI
L'élection présidentielle de 2027 s'inscrit dans une configuration inédite depuis 2012 : le président sortant ne pouvant se représenter à l'issue de deux mandats consécutifs, le scrutin s'ouvre sans candidat sortant, dans un paysage fragmenté où plusieurs blocs n'ont pas désigné de candidat à huit mois du premier tour.
Par ailleurs, les environnements numériques occupent une place croissante dans l'information politique. Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute, 64 % des internautes français déclarent utilisent internet pour s'informer sur l'actualité, devant la télévision (58%).
Dans ce contexte, la fréquentation des sites internet des partis constitue un indicateur interessant, distinct des sondages et des audiences sur les réseaux sociaux. Leur fonction principale consiste à permettre des actions : adhésion, don, inscription à un événement, consultation de positions officielles, accès à des outils de coordination militante. L'analyse de leur audience renseigne donc sur la capacité d'une organisation à maintenir un interêt pour les propositions et une infrastructure de mobilisation, davantage que sur la notoriété de la personnalité qui la représente.
Mon analyse porte sur dix sites de partis, complétée par six sites de campagne, observés de juin à août 2026. La faible densité d'actualité institutionnelle de cette période réduit le trafic à une fréquentation de fond et facilite l'identification des logiques d'audience propre à chaque espace politique. Ces mesures sont ensuite rapportées aux intentions de vote publiées pour les mettre en perspective.
Principaux indicateurs du panel
1. Distribution de l'audience entre les dix sites
La répartition de l'audience présente une concentration élevée. La France insoumise représente 35,2 % du trafic cumulé du panel et le Rassemblement national 29,3 %, soit 64,4 % pour ces deux organisations. Les huit autres partis se répartissent le tiers restant. Le Parti socialiste occupe la troisième position avec 7,4 %. Les trois sites les moins fréquentés, ceux d'Horizons, de Renaissance et de Reconquête, se situent chacun aux environs de 45 000 visites sur trois mois, contre 735 703 pour La France insoumise, soit un rapport de 1 à 16.
Cette distribution ne recoupe ni la taille déclarée des organisations ni leur représentation parlementaire. Elle paraît davantage liée à la fonction assignée au site. Chez La France insoumise et au Rassemblement national, celui-ci constitue un point de passage régulier, accessible depuis des contenus vidéo, des publications sur les réseaux sociaux ou des requêtes de recherche, et donnant accès à des positions officielles ainsi qu'à des outils de mobilisation. Chez Horizons et Renaissance, il remplit une fonction de présentation institutionnelle, dont la fréquentation reste faible en période creuse.
2. Audience en ligne et intentions de vote
La comparaison entre la part d'audience de chaque parti au sein du panel et la part d'intentions de vote de la personnalité qui lui est associée fait apparaître des écarts substantiels. Les deux hiérarchies ne se recoupent que partiellement.
Trois ensembles se distinguent.
Le premier constitué des partis de gauche présente une audience supérieure à son poids électoral estimé. La France insoumise (rapport de 2,85), le Parti socialiste (2,45), Les Écologistes (2,11) et le PCF (2,09) pèsent deux à trois fois plus dans le trafic du panel que dans les intentions de vote correspondantes. Ces quatre organisations se caractérisent par une densité militante relativement élevée et par un usage du site comme instrument de mobilisation courante.
Le deuxième ne comprend que le Rassemblement national, dont le rapport s'établit à 0,97, valeur la plus proche de la parité au sein du panel. Cette correspondance reste toutefois sensible au périmètre retenu : la section 7 montre qu'elle ne se maintient pas lorsque les sites de campagne sont intégrés au calcul.
Le troisième présente une audience nettement inférieure à son poids électoral estimé. Horizons (0,13), Renaissance (0,20) et Place publique (0,27) relèvent de cette configuration. Édouard Philippe occupe la deuxième position dans les intentions de vote et la dernière dans le classement d'audience du panel. Gabriel Attal occupe la cinquième position dans les intentions de vote et la neuvième en audience. Raphaël Glucksmann occupe la quatrième position dans les intentions de vote et la septième en audience.
Cette observation appelle deux précautions d'interprétation. Le volume de trafic d'un site de parti ne constitue pas un indicateur prédictif du résultat électoral. Un volume faible signale en revanche l'absence d'infrastructure de mobilisation propre à l'organisation, ce qui peut représenter une contrainte aux étapes ultérieures de la campagne, notamment pour la collecte de parrainages, le financement participatif et l'organisation du démarchage de terrain.
3. Les sites de campagne dans le trafic de référence
L'examen des domaines référents entrants indique que, dans la majorité des cas observés, le site de campagne du candidat constitue la principale source de trafic de référence du site du parti. Le trafic de référence de Renaissance provient à 74,1 % d'attalpresident.fr. La diminution de l'audience du site du parti sur la période, de 78,0 %, accompagne ce déplacement de l'activité vers la plateforme personnelle. Pour La France insoumise, melenchon2027.fr représente 62,4 % du trafic de référence et actionpopulaire.fr, outil de coordination militante, 27,3 %.
Deux cas s'écartent de ce schéma. Le trafic de référence du Rassemblement national ne provient qu'à 10,2 % de marinelepen.com, le reste se répartissant entre agrégateurs politiques et moteurs de recherche alternatifs. Horizons ne reçoit aucun trafic de référence identifiable depuis un site de campagne ; un tiers de ce trafic provient de Wikipédia.
4. Évolution mensuelle du trafic
Sept des dix sites enregistrent une baisse de fréquentation entre juin et août, évolution cohérente avec la saisonnalité estivale. Les écarts à cette tendance générale appellent un commentaire.
- Rassemblement national. La fréquentation progresse de 24 % en juillet, à 252 651 visites, avant de diminuer fortement en août. Ce pic isolé s'accompagne d'une part de requêtes de marque de 79 %, ce qui suggère une réaction à un événement d'actualité (probablement l'annonce de la candidature de Marine Le Pen le 7 juillet) plutôt qu'une progression structurelle.
- Place publique. La progression de juillet à août atteint 75 %, avec les meilleurs indicateurs d'engagement de la période pour l'ensemble du panel : 3,73 pages par visite et 24,6 % de taux de rebond en août (qui correspond à l'annonce de candidature de Raphaël Glucksmann le 23 août).
- Les Écologistes. Le site est le seul du panel à ne pas enregistrer de creux estival, avec 42 438, 45 808 puis 45 397 visites. Cette stabilité est compatible avec une audience composée principalement d'adhérents mais elle peut être également à une sensibilisation du public suite aux événements climatiques de cet été (canicule, incendies etc.)
- Renaissance. La baisse atteint 78,0 %, de 30 569 à 6 724 visites. Son amplitude excède ce que la saisonnalité permet d'expliquer.
- Parti socialiste. La fréquentation se maintient en juin et juillet, à 57 140 puis 55 682 visites, avant de reculer de 23,6 % en août. La baisse sur l'ensemble de la période atteint 25,5 %, niveau proche de la moyenne du panel.
5. Composition du trafic de recherche
La distinction entre requêtes de marque, qui contiennent le nom de l'organisation ou du candidat, et requêtes non marquées, qui portent sur un thème, renseigne sur le mode d'acquisition d'audience. Une part élevée de requêtes de marque indique que la fréquentation dépend de la notoriété préalable. Une part élevée de requêtes non marquées indique au contraire que le site capte des visiteurs venus pour un sujet.
Trois sites présentent une part de requêtes de marque supérieure à 80 % : Reconquête (89,5 %), Les Républicains (88,3 %), Renaissance (85,3 %), Rassemblement national (81,2 %). Leur audience dépend donc presque intégralement de la notoriété préalable de l'organisation. En d'autres termes il s'agit des requêtes des personnes qui cherchent explicitement à s'informer sur le parti.
Les Écologistes (31,2 %) et La France insoumise (35,0 %) présentent la configuration inverse. Les deux tiers de leur trafic de recherche proviennent de requêtes non marquées. Ces deux sites fonctionnent donc également comme points d'entrée thématiques liées à des recherche de fond politique.
6. Caractéristiques de l'audience
6.1 Engagement
Les indicateurs d'engagement varient en sens inverse du volume, et non selon l'appartenance politique. Les deux sites les plus fréquentés présentent les valeurs les plus faibles du panel : 1,87 page par visite pour La France insoumise et 1,99 pour le Rassemblement national. Les sites à faible audience enregistrent des valeurs supérieures : Horizons 3,54 pages, Les Écologistes 3,51 pages avec un taux de rebond de 34,3 %, et Place publique 2,94 pages. Reconquête présente la durée de visite moyenne la plus élevée du panel, 2 minutes et 35 secondes, sur un volume quinze fois inférieur à celui de La France insoumise.
6.2 Structure d'âge
La France insoumise présente l'audience la plus jeune du panel, avec 39,3 % de moins de 35 ans dont 19,0 % de 18-24 ans. Le PCF suit avec 38,0 %, et enregistre la proportion de 18-24 ans la plus élevée du panel, à 20,6 %. Le Parti socialiste présente l'audience la plus âgée du panel, avec 46,9 % de 55 ans et plus pour 23,0 % de moins de 35 ans. Les Écologistes suivent avec 43,8 % contre 25,2 %, puis Horizons avec 40,2 % contre 27,2 %.
Ces résultats méritent d'être relevés au regard des représentations couramment associées à ces formations. Les deux audiences les plus âgées du panel sont celles du Parti socialiste et du parti écologiste. Le Rassemblement national présente pour sa part une structure d'âge peu différenciée, avec 35,2 % de moins de 35 ans et 33,7 % de 55 ans et plus, répartition compatible avec sa position électorale transversale.
La répartition par genre fait apparaître deux écarts notables. Place publique enregistre 67,3 % d'hommes, proportion la plus élevée du panel, devant Les Républicains avec 61,9 % et le Parti socialiste avec 59,7 %. Les audiences les plus équilibrées sont celles d'Horizons, avec 49,7 % d'hommes, et des Écologistes, avec 50,6 %.
6.3 Équipement
Horizons est le seul site du panel dont l'audience est majoritairement issue d'ordinateurs, avec 58,5 % en moyenne et 77,6 % en juin. Cette répartition est compatible avec une consultation à caractère professionnel ou institutionnel. Le Rassemblement national présente à l'inverse la part mobile la plus élevée du panel, à 71,8 %, ce qui s'accorde avec un mode d'acquisition dominé par Facebook et un public davantage populaire.
6.4 Origine du trafic social
Les volumes de trafic social sont faibles en valeur absolue, configuration habituelle pour des sites de partis où la recherche constitue le canal dominant. Leur composition reste néanmoins informative. La France insoumise est la seule organisation dont le trafic social se répartit entre plus de deux plateformes, dont Discord et Reddit. Le Parti socialiste est le seul site du panel pour lequel LinkedIn constitue une source majeure, à 48,5 % de son trafic social. Le Rassemblement national présente une dépendance marquée à Facebook, dont la démographie diffère de celle des plateformes vidéo courtes sur lesquelles le parti est par ailleurs présent. Pour les six autres partis, une seule plateforme concentre la totalité du trafic social mesuré, ce qui indique l'absence de dispositif de diffusion organisé vers le site.
7. Les plateformes de campagne des cinq principaux candidats
Les sections précédentes portent exclusivement sur des sites de partis. Les plateformes de campagne personnelles, interrogées directement via l'interface de programmation de Similarweb sur la même période, modifient sensiblement les résultats obtenus. Cette section porte sur cinq candidats. Olivier Faure en est absent, son site de campagne avecfaure2027.fr ne représentant que 2,7 % du trafic de référence du Parti socialiste.
Le site de campagne de Jean-Luc Mélenchon enregistre une fréquentation supérieure à celle du site de son parti, avec 1 248 570 visites contre 735 703. Ses indicateurs d'engagement sont également plus élevés : 4,17 pages par visite contre 1,87, et une durée moyenne de 3 minutes et 33 secondes contre 1 minute et 18 secondes. Il constitue donc la plateforme principale du dispositif, lafranceinsoumise.fr n'y contribuant qu'à hauteur de 4,7 % de son trafic.
L'addition des deux sites porte l'empreinte de Jean-Luc Mélenchon à environ 2 millions de visites sur la période, soit 2,3 fois celle de Marine Le Pen et 27 fois celle de Raphaël Glucksmann.
Les cinq trajectoires relèvent de régimes de campagne distincts.
- Jean-Luc Mélenchon. Le volume diminue de 42 % sur la période, mais les indicateurs d'usage progressent : les pages par visite passent de 3,56 à 5,23 et le taux de rebond diminue. L'audience se réduit et s'intensifie simultanément.
- Marine Le Pen. Aucun trafic n'est mesurable en juin. La fréquentation atteint 227 016 visites en juillet puis retombe à 36 402 en août, soit une baisse de 84 %. Les indicateurs d'engagement sont les plus faibles des cinq sites : 1,64 page par visite, 69 secondes et 77 % de taux de rebond. Cette configuration correspond à une opération de lancement de sa candidature relayée par des dispositifs publicitaires.
- Édouard Philippe. Le site enregistre 1 042 visites en juin, niveau qui indique une mise en ligne récente, puis se stabilise autour de 20 000 visites mensuelles à partir de juillet, période correspondant au lancement de sa campagne.
- Gabriel Attal. La fréquentation décroît modérément puis se stabilise, de 16 851 à 13 340 puis 13 282 visites, sans variation brutale.
- Raphaël Glucksmann. Le domaine glucks2027.fr n'enregistre de trafic mesurable qu'en août, à 5 006 visites, tandis que raphaelglucksmann.fr plafonne à 1 986 visites. Quatrième dans les intentions de vote, il dispose de l'infrastructure web la plus restreinte des cinq candidats étudiés.
Les modes d'acquisition diffèrent nettement d'un site à l'autre.
Jean-Luc Mélenchon dispose d'une plateforme autonome. Le trafic direct représente 46,3 % et la recherche organique 34,4 %, ce qui indique une fréquentation ne dépendant pas d'un apporteur extérieur. S'y ajoutent 6,1 % de trafic social organique répartis sur six plateformes et 2,3 % de trafic issu de campagnes de courrier électronique. Aucun des quatre autres candidats ne présente cette structure.
Le site d'Édouard Philippe dépend de la recherche. La recherche organique représente 68,1 % de son trafic et le direct 24,3 %, les autres canaux restant marginaux, avec 1,9 % de référents et 1,5 % de social organique. Aucun dispositif de diffusion n'oriente donc vers ce site, dont la fréquentation repose sur les requêtes portant sur le nom du candidat.
Le site de Gabriel Attal est le seul alimenté par les réseaux sociaux. Le social organique représente 21,2 % de son trafic, dont 11,5 % pour Instagram. Il s'agit du seul cas du panel où une stratégie de présence sur les plateformes se traduit par un apport de trafic web mesurable, sur un volume qui demeure néanmoins limité.
Le site de Marine Le Pen repose sur des canaux payants. Le trafic direct atteint 58,0 %, complété par 6,4 % de social payant et 2,4 % de display, soit la part payante la plus élevée des quatre sites mesurés. La recherche organique n'y représente que 15,2 %, contre 34,4 % pour le site de Jean-Luc Mélenchon.
Un canal d'apparition récente figure dans les relevés, à des niveaux encore marginaux : les assistants d'intelligence artificielle générative. ChatGPT représente 0,40 % du trafic de melenchon2027.fr et 0,92 % de celui d'attalpresident.fr.
La révision la plus significative concerne Marine Le Pen. Sur le périmètre restreint aux sites de partis, le Rassemblement national présentait un rapport de 0,97, valeur la plus proche de la parité au sein du panel. Une fois les sites de campagne intégrés et le panel ramené à ces cinq candidats, ce rapport s'établit à 0,75. Marine Le Pen apparaît donc sous-représentée en ligne relativement à son niveau d'intentions de vote. La correspondance observée précédemment résultait du périmètre retenu et ne se maintient pas lorsque les plateformes de campagne sont prises en compte.
Pour les trois autres candidats, les résultats demeurent inchangés. Gabriel Attal (0,22), Raphaël Glucksmann (0,17) et Édouard Philippe (0,14) restent nettement en dessous de leur poids électoral estimé. Édouard Philippe représente 20,2 % des intentions de vote de ce groupe et 2,9 % de son audience web cumulée.
7.1 Comparaison entre site de campagne et site de parti
| Candidat | Site de campagne | Visites | Pages/vis. | Durée | Rebond | Part cand. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| J.-L. Mélenchon | melenchon2027.fr | 1 248 570 | 4,17 | 3 min 33 | 59,5 % | 62,9 % |
| M. Le Pen | marinelepen.com | 263 418 | 1,64 | 1 min 09 | 76,9 % | 30,1 % |
| É. Philippe | edouardphilippe.fr | 43 975 | 2,56 | 2 min 59 | 51,9 % | 49,6 % |
| G. Attal | attalpresident.fr | 43 473 | 3,62 | 2 min 37 | 42,7 % | 49,0 % |
| R. Glucksmann | glucks2027.fr et 1 autre | 9 283 | 2,45 | 1 min 09 | 52,1 % | 12,8 % |
Pour Marine Le Pen et Édouard Philippe, dont les sites ne présentent pas de trafic exploitable en juin, les indicateurs d'engagement sont calculés sur juillet et août.
La dernière colonne indique la part du site de campagne dans l'audience web totale du candidat. Elle atteint 62,9 % pour Jean-Luc Mélenchon, ce qui signifie que la majorité de son audience se situe désormais sur la plateforme personnelle. Gabriel Attal et Édouard Philippe se situent à l'équilibre, sur des volumes environ vingt fois inférieurs. Raphaël Glucksmann, à 12,8 %, présente le transfert le moins avancé, Place publique demeurant son principal point d'entrée.
8. Audience web, audience sociale et intentions de vote
Le recensement réalisé par NPA en août 2026 dénombre 158 comptes pour 30 candidats potentiels, totalisant plus de 42 millions d'abonnés sur sept plateformes. Jean-Luc Mélenchon concentre près du quart de ce total, soit 23 %, devant Marine Le Pen avec 18 % et Jordan Bardella avec 5,87 millions d'abonnés.
Cette hiérarchie présente des similitudes avec celle observée sur le web partisan, notamment la position dominante de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen. Elle s'en écarte sur un point. Les candidats du bloc central disposent d'audiences substantielles sur les réseaux sociaux, Gabriel Attal cumulant plus de 680 000 abonnés sur TikTok et 460 000 sur Instagram, et Raphaël Glucksmann conservant plus de 600 000 abonnés sur Instagram après son retrait de TikTok. Ces audiences ne trouvent pas d'équivalent dans les mesures de fréquentation des sites correspondants.
Une interprétation possible consiste à distinguer la nature des engagements que chaque support sollicite. Un compte sur une plateforme sociale produit principalement de l'attention et de l'exposition. Un site de parti produit des engagements transactionnels, tels qu'une adhésion, un don ou une inscription. Les trois mesures disponibles peuvent alors être considérées comme renseignant sur des dimensions distinctes du dispositif de campagne.
- Les intentions de vote mesurent la notoriété et l'acceptabilité d'une personnalité, en lien avec leur exposition dans les médias traditionnels. Édouard Philippe occupe à ce titre la première position au sein du bloc central, sans présence numérique notable.
- Les audiences sur les réseaux sociaux mesurent la capacité à occuper l'espace de discussion. Gabriel Attal et Jordan Bardella y disposent de positions établies, Jean-Luc Mélenchon y dispose du volume le plus important.
- L'audience du site de parti mesure l'existence d'une infrastructure organisationnelle propre. Sur ce plan, seules La France insoumise et le Rassemblement national atteignent des volumes significatifs.
Quelques enseignements politiques
Derrière les écarts de fréquentation se lisent cinq rapports très différents à l'électorat. La France insoumise dispose de la base la plus constituée : son site de parti est le plus fréquenté du panel et son audience la plus jeune, près de quatre visiteurs sur dix ayant moins de 35 ans, quand les autres formations se situent en moyenne autour de trois sur dix. L'essentiel de l'activité s'est en outre déjà déplacé vers la plateforme de campagne de Jean-Luc Mélenchon, où chaque visiteur consulte en moyenne près de neuf pages et revient plus souvent que sur n'importe quel autre site étudié. Cette audience se contracte en volume au cours de l'été, mais elle s'approfondit : elle ressemble moins à un public de passage qu'à un militantisme qui se remet au travail.
Marine Le Pen occupe la position inverse. Son site de campagne connaît en juillet une poussée considérable, construite sur le trafic direct et la publicité, avant de perdre plus de huit visiteurs sur dix le mois suivant ; ceux qui s'y rendent y restent à peine plus d'une minute et consultent moins de deux pages. Il s'agit d'une audience ponctuelle plutôt que d'une communauté. Gabriel Attal est le seul dont les réseaux sociaux alimentent réellement le site, Instagram y conduisant environ un visiteur sur neuf, avec une consultation nourrie mais à une échelle sans commune mesure. Édouard Philippe, deuxième des sondages, présente la fidélité la plus faible de tous : on vient une fois, par curiosité, après avoir tapé son nom dans un moteur de recherche. Quant à Raphaël Glucksmann, son appareil numérique est encore en construction, son site de campagne n'apparaissant qu'en août, alors même que Place publique enregistre la seule progression franche de l'été.
À huit mois du scrutin, La France insoumise est ainsi la seule formation à réunir le volume, la jeunesse et l'intensité : sa campagne en ligne est la plus installée du panel, sinon la plus ascendante.
Données
Principales valeurs du panel. Les colonnes Visites et VU correspondent à des cumuls sur trois mois, les autres colonnes à des moyennes des trois mois.
Méthodologie et limites
Périmètre. Dix sites de partis, audience France, tous appareils, sous-domaines inclus, du 1ᵉʳ juin au 31 août 2026 : lafranceinsoumise.fr, rassemblementnational.fr, parti-socialiste.fr, pcf.fr, lesecologistes.fr, republicains.fr, place-publique.eu, parti-reconquete.fr, parti-renaissance.fr et horizonsleparti.fr. Les données des neuf premiers sites ont été extraites de l'interface de Similarweb le 21 septembre 2026. Celles du Parti socialiste ont été obtenues le 23 septembre 2026 via l'interface de programmation, ce qui entraîne trois limitations propres à ce site : les données démographiques ne couvrent que juin et juillet, la part de requêtes de marque n'est pas restituée par cette voie et la part de trafic issue de la recherche est calculée à partir de la répartition par canal plutôt que du relevé de performance de recherche.
Sites de campagne. Six domaines ont été interrogés via l'interface de programmation de Similarweb le 21 septembre 2026, avec les mêmes paramètres que le panel des partis : melenchon2027.fr, marinelepen.com, edouardphilippe.fr, attalpresident.fr, glucks2027.fr et raphaelglucksmann.fr. Les données démographiques ne sont pas disponibles pour ces volumes. Pour marinelepen.com et edouardphilippe.fr, l'estimation de trafic et l'agrégation par canal fournissent des totaux divergents, respectivement 263 418 contre 164 304 visites et 43 975 contre 33 890. Les volumes absolus de ces deux sites doivent donc être considérés comme des ordres de grandeur.
Portée des sections 1 à 6. Ces sections portent sur les sites de partis uniquement. Un candidat peut disposer d'une audience en ligne importante sans que son parti figure en position élevée dans ce classement, situation observée pour Renaissance et quantifiée en section 7. Les estimations de Similarweb reposent sur des mesures de panel modélisées, dont la précision diminue pour les faibles volumes. Les écarts inférieurs à 10 % entre deux sites de moins de 20 000 visites mensuelles ne doivent pas être considérés comme significatifs. Les données démographiques sont indisponibles pour Reconquête et Renaissance, et les données de trafic social pour Reconquête.
Intentions de vote. Les valeurs citées proviennent de l'enquête Elabe réalisée pour BFMTV et La Tribune Dimanche le 29 août 2026, retenue pour sa contemporanéité avec la période d'observation et parce qu'elle teste l'ensemble des dix formations étudiées. L'institut publie des fourchettes correspondant à plusieurs hypothèses de candidatures. Le milieu de fourchette a été retenu, puis renormalisé sur le total des candidats considérés afin de permettre la comparaison avec des parts d'audience. Ces valeurs ne constituent donc pas des scores publiés en l'état, et le rapport entre audience et intentions de vote doit être lu comme un ordre de grandeur. L'enquête Ipsos bva et CESI réalisée pour Le Parisien du 3 au 9 septembre 2026, sur 13 060 inscrits, fournit des fourchettes convergentes.
Correspondance entre parti et candidat. L'association d'un parti à un candidat constitue une convention de lecture arrêtée au 21 septembre 2026 et ne préjuge d'aucune investiture. Elle est particulièrement incertaine pour pour Place publique et pour le Parti socialiste. Ce dernier cas mérite d'être signalé en raison de son incidence sur les résultats : le Parti socialiste est ici associé à Olivier Faure, crédité de 3,5 % des intentions de vote, ce qui produit un rapport de 2,45. Si la formation était rapportée à Raphaël Glucksmann, dont Place publique constitue le véhicule mais qui relève du même espace politique, ce rapport tomberait à 0,67. La position du Parti socialiste dans la section 2 dépend donc directement de cette convention.
Outils d'analyse et de rédaction. Le traitement des exports Similarweb, la formulation et l'exécution des requêtes à l'interface de programmation, les calculs d'agrégats et de rapports, la production des graphiques ainsi que la rédaction du présent document ont été réalisés avec l'assistance de Claude (Anthropic). Les valeurs figurant dans ce document ont fait l'objet d'un recalcul indépendant à partir des fichiers sources.
Sources
- Similarweb, exports Engagement Overview, Web Demographics, Search Performance, Total Referrals et Social Sources, France, juin à août 2026, ainsi que l'interface de programmation v5 pour le Parti socialiste et les sites de campagne.
- Kiara Carrière, « Présidentielle 2027 : dans la bataille des réseaux sociaux, à chaque candidat sa stratégie », Le Figaro, 26 août 2026.
- Philippe Bailly, « Présidentielle 2027 : la polarisation vaut aussi sur les réseaux sociaux », Sans Doute et NPA, 9 août 2026.
- Elabe, « Les Français et l'élection présidentielle 2027 », pour BFMTV et La Tribune Dimanche, 29 août 2026.
- Ipsos bva et CESI pour Le Parisien, « Présidentielle 2027 : le point à 7 mois du scrutin », 3 au 9 septembre 2026.
- Reuters Institute, Digital News Report 2026, cité par NPA.